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Sur la route des vacances :
À la rencontre du talent

Damien Regis
Kiné actualité n° 1455 - 14/07/2016

Parce que l'été n'est pas seulement synonyme de plage, voici trois musées qui présentent des artistes très différents mais dont l'oeuvre justifie un petit détour. Le temps d'un moment d'évasion et de découverte. Bonnes vacances !

Image ci-dessus : Jean Lurçat, "Le grand charnier (carton)", 1959. Papier vélin, pastel et gouache, cinq lés de 439x150 cm chacun, Angers, musées. Photo Nelly Blay/Dépôt du Lot.


Aux musées des Beaux-Arts d’Angers
Jean Lurçat et l’Apocalypse
À l’occasion du cinquantenaire de la mort de l’immense Jean Lurçat, la ville d’Angers ouvre ses musées au maître de la tapisserie contemporaine. Magnifique.

C’est en 1938 que Jean Lurçat a découvert L’Apocalypse d’Angers, cette impressionnante tapisserie de la fin du Moyen-Âge commandée par le duc d’Anjou, puis offerte par le roi René à la cathédrale de la ville. Longue de 138 mètres (il en reste 104 aujourd’hui) et haute de 6 mètres, cette œuvre en six tableaux offre une représentation sans égale de l’Apocalypse de Saint-Jean.

Sans doute inspirée par cette tapisserie légendaire, Jean Lurçat devait entreprendre à son tour sa monumentale tenture du Chant du Monde, hélas inachevée mais qui couvre 347 m2, en dix strophes, les murs de la grande salle des malades de l’ancien hôpital Saint-Jean d’Angers. Avec cette œuvre, le maître tapissier voulait répondre de façon humaniste et pleine d’espérance à L’Apocalypse médiévale. La découverte des deux œuvres est complétée, au musée Jean Lurçat, par la présentation des œuvres éphémères de l’artiste invitée, l’Irlandaise Claire Morgan, qui reprend à sa façon le fil de cette belle histoire de la tapisserie.

Jusqu’au 6 novembre 2016.
Musées d’Angers. Tél. : 02 41 05 38 38 et www.musees.angers.fr/expositions


Au musée d’Art moderne (MuMa) du Havre
Eugène Boudin, l’atelier de la lumière
Dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, le musée André Malraux du Havre continue à explorer les grandes figures de l’impressionnisme. Voici venu le tour d’Eugène Boudin.

Eugène Boudin (1824-1898), "La Plage à Trouville", 1865.
Huile sur toile, 38x62.8 cm. Gift of the Estate of Laurence Hutton.

Celui-ci est par excellence le peintre de l’estuaire de la Seine et il est comme chez lui dans la cité portuaire. Avec 325 œuvres de l’artiste (peintures, gravures, dessins, aquarelles), le MuMa possède l’une des collections les plus complètes au monde. Et c’est la première rétrospective de Boudin chez lui depuis… 

1906 ! Les toiles présentées montrent principalement la vie du port, des quais et des bassins, et le va-et-vient incessant des bateaux. “Prodigieuses magies de l’air et de l’eau”, écrira Baudelaire. “Comme j’ai soif de lumière !”, dira Boudin en 1888. Inépuisable source d’inspiration pour cet artiste (né en voisin à Honfleur), la côte normande lui offre aussi ses plages et ses dunes. Il leur donnera vie comme nul autre, décrivant la vie maritime sous tous ses aspects. Plus de 200 œuvres, dont beaucoup prêtées par des collectionneurs, concourent à la réussite de cette exposition très réussie qui permet de se plonger dans l’atmosphère normande, sous le soleil et sous la pluie…

Jusqu’au 26 septembre 2016.
Muma - 2, Boulevard Clémenceau 76600 Le Havre
Tél. : 02 35 19 62 62 et www.muma-lehavre.fr


Au musée d’Orsay à Paris
Charles Gleyre, le romantique repenti
Bien après la Suisse, voici la France qui reconnaît enfin l’œuvre de Charles Gleyre (1806-1874) en lui consacrant pour la première fois une exposition. Avec l’aide du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

Charles Gleyre (1806-1874), "Intérieur du temple d'Amo, Karnak", 1835.
Crayon et aquarelle sur papier, 37,7x26,8 cm. Boston, Museum of Fine Arts Photograph.

Trop longtemps sous-estimée, la peinture de Charles Gleyre au milieu du 19e siècle apparaît aujourd’hui comme une expression originale et puissante de l’art de son temps. Solitaire, nostalgique et misanthrope, celui qui est longtemps apparu comme un esthète froid montre par ses œuvres une personnalité indépendante et vagabonde. Si l’artiste suisse est reconnu pour sa parfaite connaissance du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, il fut aussi un personnage important de la scène artistique parisienne.

En effet, Charles Gleyre a tenu pendant vingt-cinq ans à Paris l’un des ateliers d’enseignement de la peinture les plus ouverts et les plus féconds où se rencontrèrent les impressionnistes Auguste Renoir, Alfred Sisley ou Claude Monet mais aussi les maîtres de la peinture néo-grecque, comme Auguste Toulmouche ou Jean-Léon Gérôme. Son école fut le rendez-vous d’artistes venus d’Europe et d’Amérique.

Sa peinture est souvent qualifiée d’équivoque car sous le raffinement précieux des détails percent souvent toutes sortes de fantasmes de jeunesse, et même une certaine violence. Lui, le chantre de la misogynie, le célibataire militant, a pourtant par sa peinture rendu un hommage à la beauté et à la créativité féminine, notamment en se référant à Minerve ou aux Bacchantes, ouvrant ainsi la voie aux obsessions symbolistes.

Jusqu’au 11 septembre 2016.
Musée d’Orsay. 1, rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris. Tél. : 01 40 49 48 14 et www.musee-orsay.fr

© Fondation Lurçat/ADAGP Paris 2016
© Princeton, University Art Museum
© 2016. Museum of Fine Arts, Boston. All rights reserved

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