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Covid-19 : la HAS publie de nouvelles recommandations pour la prise en charge de 9 pathologies chroniques

La HAS insiste sur la nécessité de rappeler aux patients souffrant de pathologies chroniques sévères (asthme, BPCO...) la conduite à tenir en cas d'exacerbation de la maladie, notamment d'augmenter le recours à la kinésithérapie.

Jean-Pierre Gruest
- 4 mai 2020

Afin de permettre aux professionnels de santé de mieux assurer la prise en charge et le suivi des patients dépendants ou très fragiles dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, la Haute autorité de santé a enrichi sa liste de "réponses rapides" pour plusieurs maladies (Parkinson, asthme, BPCO…). Elle y confirme la nécessité de l’intervention des kinésithérapeutes auprès de ces patients pendant la phase de confinement, notamment à domicile.



La HAS a récemment étoffé sa liste de "réponses rapides", régulièrement mises à jour. Après avoir publié le 2 avril des recommandations pour le suivi des personnes chroniques somatiques, qui sont plus exposées à des formes graves d’infection Covid-19, elle en propose de nouvelles où elle décline ses conseils pour la prise en charge en ambulatoire de 9 pathologies chroniques dans le contexte épidémique : maladies respiratoires sévères, insuffisance cardiaque, épilepsie, hépatites virales, VIH, maladie de Parkinson, tuberculose, risques nutritionnels, diabète de type 1 et 2. L’objectif est de "garantir la continuité de la prise en charge de ces patients et ainsi éviter l’aggravation de leur état de santé. Les repères apportés par la HAS sont adaptés au contexte de crise sanitaire. Ces réponses rapides, comme les autres, sont susceptibles d’être adaptées en fonction de l’évolution des données disponibles.

Le suivi et le recours kinésithérapiques préconisés
Ces 9 fiches présentent des recommandations (pour partie communes) adaptées à la spécificité de chaque pathologie. Elles préconisent pour la plupart le recours à la téléconsultation/télésoin, par exemple pour la maladie de Parkinson pour laquelle le suivi kinésithérapique est recommandé. La fiche dédiée à cette maladie explique comment assurer le suivi à domicile des patients avec ou sans infection Covid-19. Qu’il y ait ou non infection, il n’y a pas lieu de modifier le traitement médicamenteux tant qu’il peut être administré oralement. L’anxiété des patients, légitime mais à risque d’impact fort sur les symptômes, doit être prise en charge. Elle peut être minimisée par la poursuite d’une activité physique adaptée, entre autres, via des exercices proposés par le kinésithérapeute. Cette activité doit être pratiquée autant que possible à domicile. Elle peut être réalisée par le patient seul s’il n'a pas de troubles de l’équilibre, accompagné par un aidant dans le cas contraire. Chez les patients le nécessitant, les séances de kinésithérapie peuvent être poursuivies en télésoin.

Si la maladie de Parkinson ne constitue pas un risque de formes grave d’infection Covid-19, il en va autrement pour les maladies respiratoires chroniques sévères. La fiche dédiée insiste sur l’importance pour ces patients, et leurs aidants, de respecter les mesures barrière avec une attention toute particulière pour le confinement. La HAS recommande de maintenir les consultations de suivi et de privilégier la téléconsultation pour rechercher l’existence d’exacerbations, la fatigue, la fièvre (prise de température 2 fois par jour), vérifier l’observance du traitement, la technique d’inhalation et particulièrement l’adhésion au traitement par corticothérapie inhalée (asthme, certaines BPCO) ou par corticothérapie orale au long cours (asthme sévère, certaines pneumonies infiltrantes diffuses). Il est également important de rappeler au patient la conduite à tenir en cas d’exacerbation de la maladie, notamment en augmentant le recours au masseur-kinésithérapeute. Il convient aussi de s’assurer du contrôle des facteurs de risque et des comorbidités : maintien du sevrage tabagique, poursuite d’une activité physique minimale au domicile, régularité de l’alimentation, gestion du stress, contrôle d’une maladie cardiovasculaire associée…

À l’hôpital ou à domicile, la fatigabilité des patients à prendre en compte
La HAS a également produit une fiche portant sur la prise en charge post-Covid-19 des patients en unités de médecine physique et de réadaptation (MPR) ou en SSR. Rédigées en collaboration avec le Collège national professionnel de MPR et la Sofmer, ces réponses rapides abordent notamment les déficiences et séquelles induites par le Covid-19 et les complications associées au syndrome de détresse respiratoire aiguë et à l’immobilité en réanimation. "Tant que le patient n’est pas stabilisé, la rééducation/réadaptation doit prendre en compte le risque de décompensation cardiorespiratoire et de complications thromboemboliques spécifiques, avec surveillance des constantes physiologiques", insiste la HAS, précisant que "les professionnels de la rééducation/réadaptation doivent agir en fonction des besoins individuels de chaque patient. L’intervention d'un psychologue est indispensable et celle des enseignants en activité physique adaptée peut être discutée pour le reconditionnement à l’effort en phase chronique".

La HAS aborde également la prise en charge à domicile : "La rééducation /réadaptation à domicile peut être réalisée en télésoin (lire plus loin), ou avec des autoprogrammes d’exercices préalablement appris et supervisés à distance, ou par un kinésithérapeute à domicile si son absence cause une perte de chance pour le patient. Chaque intervention de rééducation/réadaptation doit tenir compte de la fatigabilité de ces patients souvent dénutris, asthéniques et porteurs de comorbidités, dont certains peuvent nécessiter une oxygénothérapie", indique la HAS, qui détaille notamment la définition des bilans et scores pour les patients, les programmes de rééducation (à l’hôpital et au domicile) et le suivi global dans son ensemble.

Le télésoin, un mode d’intervention à privilégier autant que possible
Du fait de l’arrêté du 18 avril, les kinésithérapeutes peuvent pratiquer le télésoin dans le cadre de l’urgence sanitaire. Dans un document, élaboré avec le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes (Cnomk) et le Collège de la masso-kinésithérapie (CMK) pour les aider "à intervenir de la façon la plus sécurisée possible", la HAS considère le télésoin comme un mode d’intervention privilégié. Encourageant l’ouverture progressive au télésoin telle qu’elle est engagée, elle revient dans cette fiche sur l’intérêt de cette démarche (prise en charge à domicile, accès aux soins facilité, suivi des patients chroniques, sécurité sanitaire) et les modalités générales de sa mise en œuvre (prérequis, patients éligibles, conditions de réalisation…).

Une fiche à destination des usagers
Afin de sensibiliser les patients atteints de maladies chroniques sur l’importance de continuer à se soigner pendant la crise sanitaire sans craindre d’être contaminé par le Covid-19 ou de déranger les professionnels de santé, la HAS et France Assos Santé ont élaboré un guide pour les aider pendant le confinement. Ces derniers peuvent y trouver des conseils essentiels (poursuite des traitements et soins habituels, vigilance par rapport à tout symptôme inhabituel, importance du suivi de règles hygiéno-diététiques…) et une liste de ressources pratiques. N’hésitez pas à le partager avec vos patients !

© sturti/Istock/Getty Images Plus

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