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Les étudiants en santé dénoncent les ratés de la réforme de la Paces

Sophie Conrard
- 24 novembre 2020

Six organisations étudiantes [1] dénoncent les « dérives » de la refonte de la première année des études de santé, commune aux filières médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie. Elles proposent des pistes pour redresser la barre.



À la rentrée 2020, la première année commune des études de santé (Paces) a été remplacée, pour les étudiants en médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique, par deux parcours : le parcours spécifiques accès santé (Pass, avec une majeure santé) et la licence avec accès santé (L.AS, avec une mineure santé). De nouvelles dispositions spécifiques existent pour accéder aux instituts de formation en masso-kinésithérapie (IFMK). Il existe au total 35 Pass et 457 L.AS sur toute la France.

Le problème, selon les associations étudiantes, qui ont écrit une « lettre ouverte », c'est que « la multiplication des parcours d'études » s'est traduite par « des inégalités toujours plus marquées », la réforme étant « inégalement appliquée selon les territoires ». Celle-ci aurait par ailleurs généré de « l'anxiété » chez les étudiants, à cause notamment du « manque de communication » des universités. Sans compter que « la crise sanitaire ne facilite pas les choses ». Le risque est qu'à nouveau, de nombreux étudiants soient « brisés dès la première année ».

L'un des principaux objectifs de la réforme était de diversifier les profils (et donc les voies d'accès). Or il n'existe « aucune coordination entre les différentes voies d'entrée », regrette les étudiants. "Si les UFR santé ne sont plus les seules à proposer des formations permettant d’accéder aux études de santé, il semblerait que la réforme se soit imposée aux autres composantes, sans qu’elles en comprennent réellement le fonctionnement et les enjeux".

De la même façon, cette réforme devait « introduire plus de pertinence dans les connaissances enseignées aux étudiants », mais « nous constatons trop fréquemment que les universités se sont contentées de reprendre le programme de la Paces à l’identique (ou au mieux diminué de quelques notions) pour le transposer au programme du Pass ». Les organisations proposent donc « la mise en place d’un groupe de travail portant sur les programmes en Pass et en mineure santé ».

Les épreuves orales permettant d'accéder à la filière souhaitée (2e ou 3e année du premier cycle des formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique ou IFMK), « nouveauté et grosse ambition de la réforme », rappellent les organisations, « n'ont pas été anticipées. Les UFR se retrouvent démunies et les modalités de sélection ne sont, pour la plupart des universités, toujours pas définies. Cela engendre un stress supplémentaire chez les étudiants, qui jouent leur future vie professionnelle sur cette année et ne savent pas comment s'appliquera la sélection ».

Concernant les épreuves écrites, « les discours d’annonce de la réforme ont [...] promis des examens plus cohérents et plus humains ». Malheureusement, « de nombreuses universités ont montré que les nouvelles modalités d’évaluation n’ont d’examens que le nom, et ne sont autres que des concours déguisés sous forme d’évaluations terminales », dénoncent les organisations.

Besoin de plus de moyens
Cette lettre ouverte s'accompagne d'un rapport d'une trentaine de pages, qui a été adressé au gouvernement et dans lequel les organisations signataires « exigent des investissements massifs, financiers et humains, à la hauteur des enjeux » liés à la formation des futurs soignants. Elles demandent 32 millions d'euros au lieu des 16 prévus actuellement.

Afin de « donner à la réforme les moyens d’être perfectionnée », les étudiants demandent d'être intégrés « dans les discussions et décisions relatives à l’entrée dans les études de santé au niveau universitaire et facultaire ». Pour « s’assurer d’une coordination efficiente des différents acteurs locaux, il pourrait être envisagé la création de comités de suivi universitaire, permettant aux acteurs de la réforme au local de se réunir et d'échanger ensemble sur les problématiques rencontrées », proposent-elles.

Par ailleurs, constatant que « les textes réglementaires laissent beaucoup de souplesse aux universités », les organisations étudiantes demandent la diffusion d’une « circulaire assurant la bonne application de la réforme, rédigée par la DGESIP (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle), en concertation avec le comité de suivi ».

Elles veulent aussi que « l'impact de la réforme sur la diversification des profils des étudiants candidatant et admis en études de santé » soit évalué et que soit établie « une stratégie pluriannuelle de la réforme, afin d’avoir une vision à long terme ».

[1] Il s'agit des associations nationales d'étudiants en médecine (Anemf), en pharmacie (Anepf), en maïeutique (Anesf), en dentaire (Unecd) et en kinésithérapie (Fnek) ainsi que de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). Mais l'association nationale des étudiants en sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps, Anestaps) et l'association représentative des étudiants en sciences sociales (Ares) ont également contribué à ce rapport.

(avec APM News)

© littlepaw/Istock/Getty Images Plus

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