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Webinar de l’INK sur le télésoin : un condensé d’infos pratiques, techniques et réglementaires

Alexandra Picard
- 27 avril 2020

En cette période de confinement, beaucoup de kinésithérapeutes se demandent comment utiliser le télésoin à bon escient avec leur patientèle. Des éléments de réponses pratiques, techniques et réglementaires leur ont été fournis par 3 kinésithérapeutes : Thomas Prat, Bruno Dugast et Vincent Girod, lors d’un webinar organisé par la FFMKR et l’INK.



Le webinar sur le télésoin organisé par la FFMKR et l’INK le 17 avril a fait un carton. Plus de 3 000 internautes se sont inscrits et connectés le jour J, occasionnant même un bug informatique (réparé en une 1/2h). Cette participation massive prouve l’intérêt de la profession pour cette nouvelle méthode de travail. "Il est nécessaire aujourd’hui de fournir des réponses pratiques pour ceux qui souhaitent y recourir", commente Thomas Prat, secrétaire général à la vie conventionnelle à la FFMKR.

Disposer du bon matériel, d’un coin calme et discuter avec votre patient
Vincent Girod, secrétaire général du CDOMK38, a expliqué comment le mettre en place techniquement. "Le télésoin par téléphone, ça ne fonctionne pas. Il faut un ordinateur ou une tablette équipé d’une webcam pour voir et être vu de son patient. Cette utilisation impose que vous connaissiez les rudiments de fonctionnement de votre ordinateur et de votre webcam". Ensuite, "pour réaliser la séance, vous devez être dans un espace calme, lumineux, avec une connexion Internet de qualité et du petit matériel à disposition (poids, bandes, etc.)".

Autre point important en termes d’organisation : informer correctement son patient au préalable de la téléconsultation. Pour cela, "vous devez le contacter avant la séance pour lui expliquer le contenu et le déroulé de la séance, lui indiquer si du matériel sera nécessaire, lui dire que vous lui adresserez si besoin les ressources préliminaires d’exercices (questionnaire à remplir, body-chart à réaliser...). C’est aussi l’occasion de l’informer sur les modalités de paiement".

La séance en télésoin se cote comme en cabinet
La question du paiement a suscité beaucoup d'interrogations chez les participants. Sur ce sujet, Thomas Prat a été clair : "L’acte en télésoin sera coté à hauteur d’une séance classique en cabinet" (voir tableau ci-dessous). "Les séances sous ce format doivent durer de l’ordre de 30 minutes et seront remboursées à 100 % par l’assurance maladie. Le kinésithérapeute la facturera en dégradé." Pour un nouveau patient, "il faudra lui demander son numéro de Sécurité sociale, sa date et son rang de naissance pour interroger le service ADRi de votre logiciel. Vous pouvez aussi utiliser l’info patient sur amelipro pour une FSE dégradée ou utiliser la feuille de soin papier. Si vous avez déjà suivi ce patient, il n’y a pas de souci, vous avez déjà toutes les informations".

De l’éducation thérapeutique à l’automobilisation
Autre question récurrente : quels actes peuvent être réalisés en télésoin ? Vincent Girod a expliqué que "lors d’une séance en télésoin, le kinésithérapeute peut donner des conseils, proposer une éducation technique cognitivo-comportementale, des exercices, un auto-traitement et des automobilisations à son patient". Par contre, "tout ce qui relève de la thérapie manuelle comme les massages, les mobilisations, les étirements, la mise en tension, le DLM, les adjuvants comme l’électrothérapie, les ondes de chocs, l’accès aux plateaux techniques sont impossibles".

Pour éclairer ses propos, il a donné l’exemple d’une prise en charge à distance d’un patient ayant une lombalgie chronique (ou à risque de chronicité) : "Le kinésithérapeute peut participer à l’éducation de son patient en luttant contre ses éventuelles peurs et croyances, et en le sensibilisant aux bienfaits de l’activité physique, dans le cadre d’une prise en charge bio-psycho-sociale". En raison de ces spécificités, "le télésoin n’est évidemment pas possible avec tous les patients. Il revient au kinésithérapeute de savoir comment et avec qui le mettre en pratique", poursuit Thomas Prat.

Attention à la protection des données et à la confidentialité
Ce webinar fut aussi l’occasion de fournir des informations sur la règlementation quant à ce nouvel outil. Bruno Dugast, président de l’URPS-MK ARA, a éclairé les internautes sur les principaux risques inhérents à la confidentialité et à la perte d’informations : "Dans le cadre du télésoin, il y a des échanges de données à caractère personnel. Il est important d’avoir le consentement du patient en validant son identité. Par ailleurs, pour éviter de perdre ces informations lors d’une vidéotransmission, les kinésithérapeutes sont tenus d’utiliser des outils respectant le RGPD (règlement général sur la protection des données), ainsi que la réglementation relative à l’hébergement des données de santé (HDS) et la politique générale de sécurité des systèmes d’information en santé (PGS-SIS)."

Des outils gratuits pendant la crise sanitaire
Bruno Dugast a rappelé que les logiciels métiers s'étaient adaptés au fil de la crise. Par exemple, RM ingénierie (groupe Cegedim) propose sa solution de téléconsultation MAIIA gratuitement en ce moment. Epsilog, éditeur de Vega, propose CLICKDOC.

Sans compter toutes les applications de gestion de consultation en ligne comme Doctolib ou Keldoc.

Les régions elles aussi ont mis au point des applications à l’image des Groupements régionaux de coopération sanitaire (GCS-eSanté), comme eConsultSARA ou Ortif, entièrement gratuits.

"Le ministère de la santé propose sur son site une liste des solutions numériques disponibles aujourd’hui", a indiqué Bruno Dugast. Lors de son intervention, il a rappelé que "tous les échanges de messagerie devaient se faire sous la certification MSSANTE Espace de confiance. Un label qui regroupe l’ensemble des opérateurs de messagerie qui respectent les exigences de sécurité et d’interopérabilité. Les opérateurs MSSanté peuvent être privés, mais il existe aussi une solution ordinale avec Mailiz et régionale avec GCS e-santé".

Une pratique qui prend forme juridiquement
Sur le plan juridique, le télésoin est en train de prendre forme. La loi de santé du 24 juillet 2019 et plus précisément l'article L.6316-1 alinéa 1 du code de la santé publique définissent le télésoin comme "une forme de pratique de soins à distance utilisant les technologies de l'information et de la communication. Il met en rapport un patient avec un ou plusieurs pharmaciens ou auxiliaires médicaux dans l'exercice de leurs compétences prévues au présent code".

Aujourd’hui, avec l’arrêté publié le 18 avril au Journal officiel, les kinésithérapeutes sont autorisés à pratiquer le télésoin et à se faire rémunérer en conséquence [Ndlr : lors du webinar, l’arrêté n’était pas encore sorti, mais les grandes lignes de son contenu étaient connues]. Ce texte précise le cadre et les conditions d’application du télésoin. Il explique que les bilans initiaux et les renouvellements de bilan sont exclus de la prise en charge à distance.

En outre, il faut que le kinésithérapeute ait déjà vu au moins 1 fois le patient avant de démarrer les séances à distance. Et (cela va de soi) il ne peut prendre qu'un patient à la fois. Pour les mineurs, la présence d’un des parents ou d'un majeur autorisé est nécessaire. Pour les patients présentant une perte d’autonomie, la présence d’un aidant est également requise.

Ce webinar est disponible en replay sur le site de l’INK.

Prochain webinar le 30 avril

Programmé à 17h30 jeudi, ce webinar portera sur "l’hygiène au domicile des patients et à la réouverture des cabinets : procédures à suivre et responsabilité pour le kinésithérapeute". L’épidémie de Covid-19 interroge aujourd’hui les kinésithérapeutes sur les gestes impératifs et les plus efficients pour limiter les risques de contamination pour leurs patients et pour eux-mêmes.

Parmi les thématiques qui seront abordées : les procédures nécessaires destinées à garantir une sécurité optimale au domicile du patient et dans les cabinets, ou encore la responsabilité du kinésithérapeute en cas d’infection contractée au cours des soins.

Le webinar se déroulera en 3 temps :

- La 1re partie abordera l’hygiène au domicile et notamment les procédures à appliquer selon la recommandation de la HAS et du CMK. Cette intervention sera assurée par Didier Billet, kinésithérapeute et membre du CMK.

- La 2e partie se focalisera sur les mesures d’hygiène destinées à sécuriser la réouverture des cabinets. Elle sera animée par Aude Quesnot, cadre de santé kinésithérapeute à l’hôpital de la Porte Verte à Versailles.

- La 3e partie traitera de la responsabilité du kinésithérapeute en cas de contamination. Un sujet qui sera abordé par Germain Decroix, juriste à la MACSF.

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